Celulle d’observation de la criminalité

En janvier 2020, l’opinion publique a été alertée par une montée spectaculaire du kidnapping. Du 1er au 22 janvier, la Police en a reçu 15 plaintes. Or, ce chiffre exprimerait moins de 50% de la réalité, vu qu’en général les parents et proches des victimes préfèrent négocier directement avec les ravisseurs (problème de confiance, policiers impliqués dans les enlèvements, absence de protection pour les victimes…).

Dès lors, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) s’est proposé de faire de cette question un axe de travail. Les cas de kidnapping ont été systématiquement monitorés. L’ « État des droits humains en 2020 » en a décelé 796, dont 565 au dernier trimestre.

En janvier 2021, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) a mis en place la Cellule d’observation de la criminalité. Le but est d’aborder la criminalité, dont le kidnapping dans ses aspects complexes, notamment en lien avec la politique, l’économie et les droits humains. En outre, le CARDH s’est particulièrement intéressé à comprendre le développement du kidnapping en Haïti.

La Cellule d’observation de la criminalité utilise une approche pluridisciplinaire pour mieux appréhender ce phénomène, en faisant appel à des experts : économistes, criminologues, pénalistes, spécialistes en sécurité, psychologues, politologues, historiens…Le Cellule collabore aussi avec des instances étatiques et internationales chargées d’agir la question. Des mécanismes sont mis en place et se renforcent progressivement afin que la population et, en particulier, les victimes puissent collaborer dans la cueillette d’informations.

Chaque mois, un bulletin est publié afin que des données soient disponibles. Un bulletin trimestriel est aussi publié pour mieux explorer ce phénomène en vue d’apporter des éléments d’éclairage aux décideurs et à la population. Une première étude sur le développement du kidnapping a été menée et bouclée  le 15 novembre ( en français et en anglais).


Bulletins

Janvier 2021 (bulletin #1). Pour le mois de janvier 2021, au moins 60 kidnappings ont été recensés, ce qui laisse présager une hausse considérable par rapport à l’année dernière (51 pour le premier trimestre).

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Février 2021 (bulletin #2). Au moins 50 kidnappings ont été recensés, contre 60  pour le mois de janvier,  soit 110 pour les deux premiers mois de l’année. On peut constater une faible baisse par rapport au mois de janvier, mais toujours une hausse  hypothétique considérable pour 2021, vu que 51 cas ont été répertoriés pour le premier trimestre de 2020 ( CARDH, « État des droits humains en 2020, Hausse de la criminalité – démantèlement juridique – constantes violations des droits humains », p. 32, §102. »).

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Mars 2021 (bulletin #3) Vingt-sept (27) kidnappings ont été recensés pour le mois de mars, contre 50 et 65 pour  février et janvier ( dont cinq ressortissants étrangers libérés contre rançon), soit 142  pour le premier trimestre de l’année.

On tend donc vers une baisse, mais une hausse considérable par rapport au premier trimestre de 2020,  où 51 cas ont été répertoriés (CARDH, « État des droits humains en Haïti, Hausse de la criminalité – démantèlement juridique – constantes violations des droits humains », 2020, p. 32, §102. »).

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Avril 2021 (bulletin #4). Au moins 91 kidnappings ont été recensés pour le mois d’avril, contre 27 pour le mois de mars, une augmentation de plus de 300 %. Quarante-neuf (49) ont été recensés durant les 15 jours de la gouvernance « intérimaire » de Monsieur Claude Joseph, représentant 54%. Le deuxième trimestre en annonce une forte augmentation, car 65 ont été recensés pour le mois de janvier, dont cinq (5) ressortissants étrangers.

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Bulletin trimestriel juillet-août- septembre 2021 (bulletin # 5). Au moins 221 rapts ont été recensés : 31 pour le mois de juillet, 73 pour août et 117 pour septembre, une hausse de  près de 300 %.

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Mi-octobre 2021 (bulletin #6). Au moins 119 kidnappings recensés pour la première moitié du mois d’octobre, ce qui annonce, comme prévu dans le précédent bulletin, une augmentation par rapport au mois de septembre.

  • Soixante et un (61) kidnappings individuels.
  • Kidnapping collectif parmi d’autres des 400 Mawozo de 16 Américainsd’un (1) Canadien et, au moins, d’un (1) Haïtien ( conducteur) totalisant 18 personnes.
  • Dix (10) kidnappings collectifs en deux jours à Martissant, à raison de quatre occupants par voiture, le minimum considéré (une voiture privée peut avoir 2 à 5 occupants et un autobus peut avoir plus de 60 passagers.)

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Etudes

« Développement du kidnapping en Haïti : 23 janvier 1973, enlèvement spectaculaire ! », 15 novembre 2021.

RÉSUMÉ : Haïti fait face à un niveau de kidnapping épouvantable, le classant pays ayant le taux par habitant le plus élevé (Le Washington Post). Ce rapport aborde la question dans ses multiples facettes pour une meilleure compréhension.

Selon les Nations unies, le kidnapping peut prendre plusieurs formes. Le droit haïtien en définit un régime juridique et les sanctions allant de la réclusion (trente à cinquante ans d’emprisonnement) aux travaux forcés à perpétuité (loi du 22 août 2017).

Sur le plan historique, le premier rapt spectaculaire serait l’enlèvement de l’ambassadeur et du consul américains, Clinton Knox et Ward Christensen, le 23 janvier 1973. Cette pratique aurait existé durant le règne des Duvalier. Au cours des années 1995-2000, le trafic de la drogue, répandu en Haïti, concourait à son développement. L’enlèvement de Boris Potensky, le 28 mai, parmi d’autres mineurs, a marqué les esprits.

La chronologie des rapts avec des analyses comparatives est faite de 2004 à 2021. De 2004 à 2006, le kidnapping suivi de violences a servi d’arme politique, rongeant les familles apparemment riches et des citoyens de la classe moyenne. Plus de 1.000 ont été recensés en 2005. A partir de 2007, la tendance à la baisse a été observée. Les années 2020 et 2021 ont des points communs à celles de 2005 et 2006, mais se diffèrent largement.

A partir des indicateurs, les secteurs publics (politiques) et privés ont sciemment ou indirectement développé la criminalité, dont le kidnapping en Haïti. Ayant été des exécutants, les gangs tendent aujourd’hui à avoir une certaine autonomie. Ils contrôlent en moyenne 60% du territoire, notamment des axes stratégiques pour la survie du pays, disposent d’expertise et de moyens financiers et matériels énormes face à une police au rabais, un État en lambeau et une société civile extrêmement faible.

En 2019, l’opposition avait bloqué le pays (fameux mouvement « pays lock »). Aujourd’hui, le G9 l’asphyxie en bloquant la distribution du pétrole, occasionnant un dysfonctionnement social, et en exigeant à tout prix le départ du Premier ministre Ariel Henry, le mettant en déroute le 17 octobre au Pont-Rouge.

Si les différentes composantes de la société ne s’accordent pas pour bloquer l’extension des gangs et réguler le fonctionnement social, ces derniers décideront du prochain président d’Haïti et se transformeront en un proto-État.

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« Development of kidnapping in Haiti, 23 January 1973, spectacular rapt!« , 19 november 2021

ABSTRACT :

Haiti is facing an appalling level of kidnapping, ranking as the country with the highest rate per capita (The Washington Post). This report addresses the issue in its many facets for a better understanding of the phenomenon.

According to the United Nations, kidnapping can take many forms. Haitian law defines a legal regime and penalties ranging from imprisonment (thirty to fifty years) to forced labor for life (law of August 22, 2017).

Historically, the first spectacular kidnapping would be the kidnapping of the American ambassador and American consul, Clinton Knox and Ward Christensen, on January 23, 1973. This practice would have existed during the reign of the Duvalier. During the years 1995-2000, drug trafficking was widespread in Haiti and contributed to its development. The kidnapping of Boris Potensky, on May 28, among other minors, left its mark.

The chronology of kidnappings by comparative analysis is made from 2004 to 2021. From 2004 to 2006, kidnapping followed by violence was used as a political weapon, targeting apparently wealthy families and middle-class citizens. More than 1,000 were recorded in 2005. From 2007 onwards, a downward trend was observed. The years 2020 and 2021 have similarities to 2005 and 2006, while differing considerably.

From the indicators, the public (political figures) and private sectors have knowingly or indirectly developed criminality, including kidnapping in Haiti. Having been simple executors in the past, gangs now tend to have a certain autonomy. Today, they control an average of 60% of the territory, including strategic axes for the country’s survival, and they have enormous expertise and financial and material means at their disposal, in the face of a downsized police force, a State in tatters and an extremely weak civil society.

In 2019, the opposition blocked the country (the famous “country lock” movement). Today, the G9 asphyxiates it by blocking the distribution of fuel, causing social dysfunction, and demanding at all costs the departure of Prime Minister Ariel Henry, routing him on October 17 at the Red Bridge.

If the different actors in society do not agree to refrain the expansion of the gangs and to regulate the social order, the gangs will decide who will be the next president of Haiti and will turn the country into a proto-state.

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